Rendre la vie à nouveau abordable
Les Canadiens en ont assez d’essayer de « s’en sortir. »
Pour les gens ordinaires, le quotidien est une lutte constante qui les oblige à faire des économies, à réduire leurs dépenses ou à s'endetter. En effet, les ménages canadiens doivent aujourd'hui 3 000 milliards de dollars, ce qui nous place parmi les pays les plus endettés au monde. Ajouté au coût élevé du logement, ce n'est plus seulement un problème d'accessibilité financière, mais une menace économique plus vaste. Ne vous attendez pas à ce que les gouvernements libéraux, conservateurs ou néo-démocrates apportent les changements nécessaires.
Le problème
Malgré l'hyperbole du Parti conservateur, la corrélation réelle entre le taux d'inflation des prix alimentaires et la variation annuelle du prix du carbone était négative. La hausse des prix des combustibles fossiles était un facteur bien plus déterminant. Dans le cas des produits d'épicerie et de nombreux autres articles de consommation courante, les hausses de prix reflètent plutôt les disparités considérables et persistantes de pouvoir de marché entre les grandes entreprises opérant au Canada et le citoyen lambda. Certes, la pandémie de COVID-19 a perturbé les chaînes d'approvisionnement et engendré des engorgements et des pénuries de produits, mais la spéculation exercée sur les consommateurs par les grandes chaînes d'alimentation reflète des pratiques bien ancrées liées à la concentration, au pouvoir de marché et, comme dans le cas du pain, à la collusion. Par exemple, les cinq principaux distributeurs (Loblaw, Sobeys, Metro, Walmart et Costco) représentent 76 % des ventes au détail de produits alimentaires au Canada. Les profits excessifs présumés de certains épiciers et les marges bénéficiaires importantes des compagnies pétrolières et gazières, des banques et des concessionnaires automobiles ont été ressentis de plein fouet par les Canadiens au cours des cinq dernières années. Il semble que les profits aient souvent servi à racheter des actions et à verser des dividendes aux actionnaires.
Globalement, cette situation découle de trois facteurs : les grandes entreprises jouissent d’un pouvoir de fixation des prix et d’une latitude considérables au Canada ; elles ont été « protégées » par un contexte inflationniste plus large durant cette période ; et les gouvernements n’ont pas eu la volonté d’intervenir en votre nom. Comme le souligne le Rapport sur les prix alimentaires au Canada (2025), les consommateurs canadiens se méfient largement des grandes chaînes d'épiceries. Or, jusqu'à très récemment, les gouvernements canadiens sont restés largement indifférents aux difficultés rencontrées par les Canadiens qui continuent de subir des majorations de prix discrétionnaires, des prix abusifs et la « shrinkflation ». Les partis politiques traditionnels ne vous soutiennent pas !
Notre solution
Relever le taux d’imposition des sociétés de 15 % à 20 %. Bien qu’abaissé à 15 % en 2012, ce taux n’a pas entraîné d’augmentation notable des investissements des entreprises au Canada au cours des 14 années suivantes.
Instaurer un impôt minimum de 15 % sur les bénéfices comptables. Cet impôt lie directement l’obligation fiscale aux bénéfices comptables, et non aux seules règles de comptabilité fiscale. Actuellement, de nombreuses sociétés canadiennes ont recours à des manipulations comptables agressives, et cette mesure créerait un plancher fiscal pour les grandes entreprises. Une version de cet impôt a été mise en œuvre aux États-Unis en 2023, avec l’introduction d’un impôt minimum de 15 % sur les bénéfices comptables des grandes sociétés (les bénéfices qu’elles déclarent aux actionnaires dans leurs états financiers), plutôt que sur le revenu imposable déclaré à l’IRS.
CV21 estime qu’en matière de fusions et d’abus de la concurrence, il est grand temps d’apporter des changements afin de démontrer que le Canada n’est pas simplement gouverné par les entreprises, mais bien par le peuple canadien, par l’intermédiaire de ses représentants élus. Étant donné que les pratiques commerciales des grandes entreprises envers les consommateurs, les concurrents et les organismes de réglementation eux-mêmes ont gravement nui à l’intérêt public, il est temps d’interdire tout lobbying de la part d’intérêts à but lucratif (entreprises, organisations sectorielles et groupes de réflexion privés financés par des entreprises ou des fondations).
Bien que les projets de loi C-56 et C-59, adoptés lors de la dernière session parlementaire, aient permis de réaliser certains progrès, certes limités, vers une loi de la concurrence efficace au Canada, comme l’a souligné le Projet canadien antimonopole (PCAM), des éléments clés, tels que les présomptions contre les fusions dans les secteurs déjà consolidés et un système de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles, font toujours défaut dans le cadre juridique canadien de la concurrence. À ce stade, nous avons besoin d’une révision en profondeur – et pas incrémentiel – de nos lois sur la concurrence et de nos politiques d’application, car le Canada affiche depuis longtemps des niveaux de concentration plus élevés que ses pairs internationaux, et ces tendances se sont aggravées au cours des vingt dernières années.
Il est essentiel d'envisager sérieusement la possibilité d'offrir des prêts hypothécaires publics sous l'égide de la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Ces prêts pourraient être structurés de manière à inclure des amortissements plus longs, des taux fixes par défaut, des modalités de renouvellement non abusives, des options de remboursement indexées sur le revenu et un refinancement automatique en cas de baisse des taux. Au lieu des marges excédentaires réalisées par les six grandes banques grâce aux prêts hypothécaires, les prêts hypothécaires publics contribueraient à dégager un excédent budgétaire, à financer la construction de logements abordables, à subventionner les logements sociaux et à soutenir les rénovations écologiques. En résumé, plutôt que d'alimenter les fonds de capital-investissement et la rémunération des dirigeants avec les intérêts et les remboursements de capital hypothécaires, ils financeraient des services publics.
Le Canada a besoin de services bancaires postaux. Les principales banques canadiennes ont engrangé 60 milliards de dollars de profits en 2025, tandis que près d’un million de Canadiens n’ont toujours pas accès aux services bancaires et que beaucoup sont confrontés à des prêteurs sur salaire abusifs. Les frais élevés, les fermetures de succursales et l’endettement croissant des ménages soulignent l’exclusion et les inégalités systémiques. CV21 propose de rétablir les services bancaires postaux, en vigueur au Canada jusqu’en 1968, en tirant parti des 6 400 points de service de Postes Canada – dont 60 % en milieu rural – pour offrir des services financiers accessibles et à faible coût. Ces services comprendraient des comptes d’épargne et des comptes chèques, du crédit à faible taux d’intérêt et, à terme, des prêts aux petites entreprises. Ce modèle s’inspirerait des systèmes bancaires postaux performants de pays comme le Royaume-Uni et la France, en privilégiant l’équité et l’accès universel. Il offrirait également une solution à Postes Canada, dont le secteur autrefois lucratif de la livraison de colis a été fortement impacté par les entreprises de messagerie privées.
Pas de renflouement pour les spéculateurs. Dans l’éventualité redoutée d’une nouvelle crise financière, Vision 21 insiste sur la protection des dépôts et de l’épargne assurés des Canadiens, ainsi que des actifs du Régime de pensions du Canada, mais refuse tout renflouement des entreprises privées se livrant à des activités financières spéculatives et à haut risque, comme les produits dérivés ou les investissements immobiliers à effet de levier. Les fonds publics ne devraient pas cautionner les décisions hasardeuses des rentiers ; le risque moral doit être pris en compte. Alors que des décennies de financiarisation ont exacerbé les inégalités, les précieuses ressources des contribuables devraient être consacrées aux priorités publiques telles que la santé, l’éducation, les droits des Autochtones, le logement abordable et les infrastructures publiques, et non à indemniser des paris spéculatifs ratés.
Shelter line stretchin’ ‘round the corner
Welcome to the new world order
Families sleepin’ in their cars in the southwest
No home, no job, no peace, no rest
Well the highway is alive tonight
But nobody’s kiddin’ nobody about where it goes
I’m sittin’ down here in the campfire light
Searchin’ for the ghost of Tom Joad
Chanson titre de l'album The Ghost of Tom Joad de Bruce Springsteen, 1995