Une économie qui place les gens au premier plan
Une approche du développement économique axée sur la base et partant du peuple doit désormais placer les citoyens aux commandes.
Les fruits de notre économie actuelle, dominée par les entreprises et la financialisation, sont répartis de manière très inégale et sans aucun égard pour l'équité. Un grand nombre de jeunes Canadiens sont marginalisés et, avec l'avènement de l'intelligence artificielle et de l'automatisation, cette tendance risque de s'accentuer dans les années à venir. CV21 estime que nous devons nous libérer des carcans de cette vision étriquée du développement économique et des opportunités, et la remplacer par une approche participative. Une économie du XXIe siècle met l'accent sur les liens communautaires, une planification démocratique globale et une plus grande autonomie des travailleurs et des consommateurs, le tout au service de résultats plus durables, équitables et pérennes.
Le problème
Les efforts du gouvernement actuel pour sauver notre économie libérale et continentaliste en perpétuant les mêmes pratiques sont voués à l'échec. Pendant quarante-cinq ans, voire plus, nous avons vécu dans l'illusion que le marché sait mieux que quiconque , nous laissant bercer par les principes du libre marché. Notre gouvernement fédéral, par ses politiques fiscales et réglementaires, a embrassé avec enthousiasme les mantras de la concurrence et de l'efficacité. Nous avons rejeté toute idée de planification ou de politique industrielle. Notre Premier ministre actuel a même consacré sa thèse de doctorat à l'avantage dynamique de la concurrence . Mais que constatons-nous aujourd'hui ?
Les grandes banques, les oligopoles des télécommunications, les géants pétroliers et gaziers, les épiciers, les entreprises d'engrais agricoles, les compagnies aériennes et plusieurs grandes sociétés minières sont tous adeptes de pratiques protectionnistes et de maximisation des profits. Outre sa tendance à une forte concentration des marchés et à un pouvoir de fixation des prix considérable, l'autre caractéristique frappante du paysage commercial canadien est la fragilité de nos entreprises. L'âge médian des quinze plus grandes entreprises canadiennes cotées en bourse est de 122 ans, contre 45 ans aux États-Unis. Nombre d'entre elles n'ont pas investi dans les infrastructures, l'équipement ou la formation de leurs employés et ont plutôt choisi de restituer leur précieux capital aux actionnaires. Parallèlement, elles ont profité d'incitations fiscales à l'implantation d'entreprises, de la privatisation des actifs publics, de l'externalisation, de partenariats public-privé douteux, de la délocalisation et de montages fiscaux complexes.
Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins, car notre accès autrefois sans entrave au marché américain est désormais restreint. Des droits de douane sont actuellement imposés sur l'acier, l'aluminium, le cuivre, le bois d'œuvre et les produits dérivés du bois canadiens, ainsi que sur certaines pièces automobiles et certains véhicules finis non conformes à l'ACEUM. L'inertie et la complaisance de notre secteur commercial, historiquement encouragées par les gouvernements libéraux, conservateurs et néo-démocrates, ont créé une économie à deux vitesses, où nombre de nos concitoyens canadiens peinent à joindre les deux bouts. Face à ces difficultés, les grandes entreprises adoptent une stratégie de survie de plus en plus efficace, et votre coût de la vie de base augmente : vos mensualités hypothécaires ou vos loyers ont grimpé, le coût de possession d'une automobile a augmenté et la valeur de vos fonds de retraite autogérés est devenue de plus en plus volatile. Nos partis traditionnels misent maintenant sur les énergies fossiles et sur l'illusion qu'une plus grande libéralisation des échanges entre les provinces permettra soudainement de récupérer 200 milliards de dollars de revenus perdus. Comme l'a souligné le Centre canadien de politiques alternatives, il est fort probable que cela « réduise davantage la capacité des provinces à réglementer dans des domaines comme la protection de l'environnement, la santé et la sécurité au travail et les pratiques abusives envers les consommateurs ». En réalité, ce n'est pas en imitant notre voisin du sud, qui s'appuie sur des stratégies dictées par les entreprises et connaît un endettement financier croissant, que nous sortirons de l'impasse actuelle. Le manque d'imagination qui caractérise nos partis politiques depuis quarante ans nous a conduits à cette situation
Notre solution
Le CV 21 propose une réponse en deux parties, dont l'objectif principal doit être le bien-être des citoyens ordinaires et des communautés locales.
Nous devons exploiter le développement de la richesse communautaire comme un outil clé du développement économique.
Cela part d'une répartition du crédit dans l'économie en fonction d'objectifs communautaires, sociaux et environnementaux. Il s'agit de démocratiser la finance, de mobiliser les ressources locales et de redonner le pouvoir de décision aux personnes et aux communautés concernées. CV21 estime que les banques publiques, les coopératives de crédit, les investissements ciblés dans les fonds de pension publics et les nouveaux véhicules d'investissement communautaires devraient allouer les financements de manière à garantir leur maintien au sein de la communauté locale.
Concrètement, cela signifie que les coopératives, les petites entreprises, les entreprises détenues par leurs employés, les entreprises sociales, les fiducies foncières communautaires, les associations de quartier et les entreprises municipales contribuent toutes, à partir de la base, à développer les connaissances, les actifs, les retombées économiques locales et le pouvoir communautaire. Il s'agit d'un modèle au service de l'économie réelle, des individus et des familles, et de l'intérêt général. Ce modèle privilégie l'épargne et le réinvestissement à la seule consommation et élabore des politiques efficaces en matière d'aménagement du territoire, de logement abordable et de transports publics.
Il y a ici un changement d'orientation important. Ces institutions ne se contentent pas de fonctionner dans une sorte de marché anonyme ; outre leur vocation financière, elles contribuent à façonner le paysage social et économique dans lequel vivent les individus, en mettant l'accent sur la réciprocité et l'entraide.
L'une des caractéristiques de cette approche est que les administrations locales et les structures communautaires innovantes créées servent d'« institutions piliers » utilisant des politiques d'approvisionnement pour stimuler l'investissement local et l'activité économique, développer des multiplicateurs locaux, promouvoir l'emploi basé sur des salaires décents et mettre fin aux fuites et aux extorsions financières.
Enfin, cette nouvelle approche économique met l'accent sur le contrôle démocratique local, un degré beaucoup plus élevé de planification communautaire et de financement participatif, ainsi que sur le recours à la budgétisation participative, entre autres.
Deuxièmement, il est indispensable d'accorder une importance accrue à la politique industrielle . Cette tâche incombe au gouvernement fédéral, en collaboration avec les gouvernements provinciaux et les citoyens.
Au niveau national, une politique industrielle très robuste axée sur l'énergie propre et l'économie de demain afin de permettre au Canada de tirer profit de ses atouts naturels, des forces, des talents et des compétences en constante évolution de sa population.
Deuxièmement, nous devons construire de nouvelles infrastructures publiques massives, probablement sous la forme d'un nouveau réseau électrique est-ouest et d'autres projets d'énergies renouvelables, d'infrastructures de transport multimodales pour le déplacement des personnes et des marchandises, d'un réseau ferroviaire à grande vitesse et, enfin, d'autres infrastructures intelligentes et durables qui améliorent notre qualité de vie collective et nous aident à nous adapter à un système climatique de plus en plus instable.
La planification industrielle et économique doit être une priorité absolue pour le gouvernement canadien. Contrairement à ce que de nombreux défenseurs du libre marché ont pu laisser entendre ces quarante dernières années, la planification n'est pas un gros mot. Les grandes entreprises planifient constamment leurs activités industrielles, techniques, de gestion du personnel et d'approvisionnement. Nombre de nos concurrents les plus performants ont élaboré des plans détaillés pour accroître leur capacité de production, leurs innovations technologiques et leur richesse nationale, la Chine en étant un exemple frappant. Notre approche laxiste et désintéressée, qui a prévalu pendant des décennies, nous a conduits à la situation critique dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui : les partis traditionnels se contentent de mesures superficielles alors que nous avons besoin d'un changement radical.
Une planification industrielle concertée, axée sur la création d'emplois soutenant les familles, est ce dont le Canada a un besoin urgent. CV21 envisage un avenir fondé sur la propriété et la participation communautaires, le réinvestissement et la conservation à long terme du capital, ainsi que sur la mise en place de politiques de formation, d'apprentissage et de requalification visant à garantir un avenir durable dans les industries et les secteurs à faible empreinte carbone de demain, pour toutes les familles et tous les individus canadiens.
Enfin, Vision Canada 21 propose d'interdire tout lobbying des sociétés à but lucratif et de leurs associations professionnelles respectives, en vertu de la Loi sur le lobbying. Le lobbying demeurerait autorisé pour les organismes sans but lucratif, les organisations non gouvernementales, les organismes de bienfaisance, les établissements d'enseignement, les organismes de secours et autres entités poursuivant un objectif d'intérêt public. Cette mesure aurait l'avantage supplémentaire de réduire la mainmise des organismes de réglementation sur les institutions publiques, une tendance actuellement perçue par beaucoup comme inquiétante dans notre vie politique et notre administration publique. Cette mesure est essentielle pour redonner aux citoyens leur voix au sein du gouvernement canadien du XXIe siècle.